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Habiter un lieu, habiter sa vie

12 oct.
7 min de lecture

Ce que nos maisons racontent de nous et de notre manière d'être au monde.

Habiter un lieu, habiter sa vie
Habiter un lieu, habiter sa vie

Nous passons une grande partie de notre existence à habiter des lieux. Certains nous accueillent quelques mois, d'autres plusieurs décennies. Il y a ceux que nous choisissons, ceux dont nous héritons, ceux dans lesquels nous grandissons et ceux que nous finissons par quitter.

Nous les aménageons, les transformons, les entretenons. Nous y accumulons des objets, des souvenirs, des habitudes. Nous les imaginons parfois autrement, plus grands, plus lumineux, mieux organisés. Nous rêvons d'une autre maison, d'un autre quartier, d'une autre façon de vivre.

Mais combien de fois prenons-nous le temps de nous interroger sur la relation que nous entretenons avec ces lieux ?

Sur ce que nous y vivons, ce que nous y déposons et ce qu'ils racontent de nous ?

C'est cette question qui traverse mon travail depuis plusieurs années et qui a donné naissance à Maison Conquête.


Nos maisons ne sont pas de simples décors


Nous avons l'habitude de décrire une maison par sa surface, son architecture, son emplacement ou sa décoration. Nous parlons du nombre de pièces, de la lumière, de l'agencement, du jardin ou des travaux à réaliser.

Ces caractéristiques comptent, évidemment. Elles participent à notre confort, à nos usages et à notre qualité de vie.

Mais elles ne disent pas tout.

Deux personnes peuvent habiter des maisons parfaitement identiques et y vivre des expériences radicalement différentes. Un lieu peut représenter un refuge pour l'une et une contrainte pour l'autre. Une grande maison peut donner un sentiment de liberté comme elle peut devenir une charge. Un petit appartement peut sembler étroit ou, au contraire, offrir exactement l'espace dont nous avons besoin.

Il n'existe pas une seule manière d'habiter, pas plus qu'il n'existe une définition universelle du chez-soi.

Car une maison n'est pas uniquement un espace physique. C'est aussi un lieu de relations, de souvenirs, de projections et d'expériences quotidiennes.

Elle accompagne les différentes étapes de notre existence. Les naissances, les séparations, les départs, les retrouvailles. Les périodes de stabilité comme les moments de bouleversement.

Elle accueille ce que nous sommes, mais aussi ce que nous devenons.


Ce que nos lieux racontent de nous


La psychologie de l'habitat et la symbolique des lieux ouvrent des perspectives intéressantes pour observer notre manière d'habiter.

Non pas pour attribuer à chaque pièce, chaque couleur ou chaque objet une signification définitive. Je me méfie des interprétations toutes faites qui prétendent expliquer une personne à partir de son intérieur.

Ce qui m'intéresse, c'est la singularité de chaque relation entre un habitant et son habitat.

Pourquoi conservons-nous certains objets alors que nous nous séparons si facilement d'autres ? Pourquoi une pièce reste-t-elle inutilisée ? Pourquoi avons-nous tant de mal à quitter une maison dans laquelle nous ne nous sentons pourtant plus bien ?

Pourquoi aussi pouvons-nous nous sentir immédiatement chez nous dans un lieu inconnu, alors qu'un autre, pourtant familier, nous laisse un sentiment d'étrangeté ?

Derrière ces questions se trouvent parfois des histoires familiales, des attachements, des habitudes anciennes, des besoins qui ont évolué ou des décisions que nous n'avons pas encore prises.

Nos lieux de vie peuvent alors devenir de précieux points d'observation.

Ils ne détiennent pas une vérité cachée sur nous. Ils offrent plutôt une autre manière de nous questionner, à partir de ce qui compose notre quotidien.


Habiter, c'est aussi prendre sa place


Cette question de la place revient souvent dans mes réflexions.

Nous parlons volontiers de trouver sa place dans la société, dans sa famille, dans son travail ou dans une relation. Mais à quoi ressemble cette place dans nos lieux de vie ?

Dispose-t-on d'un espace à soi ? Peut-on s'isoler, recevoir, créer, travailler, ne rien faire ? Qui choisit l'organisation des pièces ? Qui décide de ce que l'on garde ou de ce dont on se sépare ? Quels usages sont privilégiés et lesquels doivent constamment s'adapter ?

Nos façons d'occuper l'espace ne sont pas étrangères aux relations que nous entretenons avec les autres.

Une table de salle à manger peut devenir un bureau que l'on doit débarrasser chaque soir. Une pièce peut conserver une fonction qui ne correspond plus aux besoins de la famille. Un espace personnel peut être sans cesse négocié.

Ces situations ordinaires disent quelque chose de la manière dont nous partageons nos lieux, notre temps et nos responsabilités.

Elles posent aussi la question de la place que nous nous accordons à nous-mêmes.

Habiter pleinement un lieu ne signifie pas nécessairement disposer de plus de mètres carrés. Cela peut commencer par reconnaître ses besoins, repenser certains usages ou s'autoriser à faire autrement.

Parfois, déplacer un meuble ne change pas grand-chose. Parfois, ce simple geste accompagne une décision bien plus importante.


Nos maisons évoluent-elles au même rythme que nous ?


Nous changeons tout au long de notre vie.

Nos besoins, nos envies, nos relations, nos activités et nos priorités évoluent. Pourtant, nos maisons peuvent rester organisées autour de façons de vivre qui ne sont plus tout à fait les nôtres.

Nous continuons parfois d'occuper les mêmes espaces par habitude. De conserver des objets qui appartiennent à une autre période. De rêver d'un lieu différent sans savoir précisément ce que nous recherchons.

Le sentiment de ne plus être à sa place chez soi ne signifie pas nécessairement qu'il faut déménager.

Il peut inviter à regarder autrement son lieu de vie, à comprendre ce qui ne convient plus et à distinguer ce qui relève réellement de l'espace de ce qui appartient à une transformation plus personnelle.

À l'inverse, il arrive qu'un déménagement soit nécessaire pour accompagner un nouveau chapitre.

Il n'y a pas de réponse unique.

Ce qui me paraît essentiel, c'est de ne pas considérer nos maisons comme des cadres définitivement figés.

Habiter est une expérience vivante. Une relation qui se construit, se modifie et se réinvente au fil du temps.


Les maisons que l'on quitte, celles que l'on garde en soi


Notre relation à l'habitat ne se limite pas à la maison dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

Il y a aussi toutes celles qui ont jalonné notre histoire.

La maison de notre enfance, celle des grands-parents, le premier appartement, la maison familiale, le lieu d'une rencontre ou celui d'une séparation.

Certaines continuent de nous accompagner longtemps après que nous en avons refermé la porte.

Il suffit parfois d'une odeur, d'un objet, d'une lumière particulière ou du souvenir d'une pièce pour retrouver une époque entière de notre vie. Ces lieux participent à notre mémoire personnelle et familiale. Ils contiennent des histoires que nous connaissons, d'autres qui nous ont été racontées et parfois des silences.

C'est pourquoi la question de la transmission occupe une place importante dans mon travail.

Que choisissons-nous de garder de nos maisons ? Que souhaitons-nous raconter à ceux qui viendront après nous ? Quelles traces avons-nous envie de laisser ?

Une maison peut être vendue, transformée ou démolie. Son histoire ne disparaît pas nécessairement avec ses murs.

Elle peut continuer d'exister à travers des photographies, des récits, des objets et les souvenirs de celles et ceux qui l'ont habitée.

Raconter l'histoire d'un lieu, c'est aussi raconter une part de notre propre histoire.


Regarder l'habitat autrement


Avant de créer Maison Conquête, j'ai passé onze années dans les univers de la finance et de l'immobilier.

J'ai longtemps regardé les lieux à travers leur valeur, leur surface, leur potentiel ou les projets qu'ils permettaient de concrétiser.

Ce parcours m'a donné une connaissance du logement et de ses enjeux très concrets. Mais il a aussi nourri d'autres interrogations.

Qu'est-ce qui fait qu'une maison devient notre maison ? Pourquoi certains lieux nous marquent-ils durablement ? Que cherchons-nous vraiment lorsque nous souhaitons déménager, transformer notre intérieur ou devenir propriétaires ?

Au fil de mes expériences, de mes lectures et de mes recherches autour de la psychologie de l'habitat, de la symbolique des lieux et des histoires familiales, mon regard s'est déplacé.

Je me suis intéressée moins à ce que les maisons valent qu'à ce qu'elles représentent pour celles et ceux qui les habitent. Moins à ce qu'il faudrait changer chez soi qu'aux raisons pour lesquelles nous éprouvons parfois ce besoin de changement. Moins à l'idée d'une maison idéale qu'à celle d'une relation plus consciente et plus personnelle à nos lieux de vie.

C'est de ce déplacement de regard qu'est née Maison Conquête.


Habiter sa maison, habiter sa vie


À travers Maison Conquête, j'explore cette relation intime que nous entretenons avec nos lieux.

Le podcast donne la parole à des personnes dont les parcours, les métiers et les expériences apportent différents éclairages sur notre manière d'habiter. Les publications de la maison d'édition invitent à écrire, à chercher, à conserver et à transmettre les histoires de nos lieux. Les accompagnements ouvrent des espaces de réflexion pour interroger notre façon d'occuper nos maisons et nos espaces de travail.

Ces propositions prennent des formes différentes, mais elles sont reliées par une même intention : nous inviter à regarder nos lieux autrement pour mieux comprendre la place qu'ils occupent dans nos vies, et celle que nous choisissons d'y prendre.

Je ne crois pas qu'il existe une maison parfaite, ni une bonne manière d'habiter qui conviendrait à tout le monde.

Je crois davantage à la nécessité de nous poser des questions, de prêter attention à ce qui fait notre quotidien et d'accepter que nos besoins puissent changer.

Une maison peut nous protéger, nous rassurer, nous encombrer, nous retenir ou nous donner de l'élan. Elle peut être un point d'ancrage, un lieu de passage, un héritage ou un nouveau départ.

Elle n'a pas besoin de tout nous offrir, ni de raconter toute notre histoire.

Mais elle mérite peut-être que nous prenions le temps de nous demander ce que nous y vivons réellement.

Parce qu'habiter un lieu, ce n'est pas seulement y résider.

C'est y faire une place à sa vie.


Pour aller plus loin…

Parce qu'il existe mille façons d'explorer notre relation aux lieux, Maison Conquête vous propose différents chemins.

À votre rythme, en toute autonomie, découvrez les carnets, livres et objets de la maison d'édition, imaginés pour questionner, raconter et conserver l'histoire de vos lieux.


Pour prendre le temps d'une réflexion collective, découvrez Gynécée – Habiter ses espaces de travail, un accompagnement en petit groupe pour interroger la place que vous occupez dans vos espaces professionnels et la manière dont ils accompagnent votre activité.


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